Un salarié qui décide de partir à la retraite n’a pas besoin de l’autorisation de son employeur. Ce point surprend souvent, car on confond deux mécanismes très différents : le départ volontaire (initiative du salarié) et la mise à la retraite (initiative de l’employeur). Les règles, les droits de refus et les conséquences financières changent du tout au tout selon le cas de figure.
Départ volontaire à la retraite : un droit que l’employeur ne peut pas bloquer
Quand un salarié décide de liquider sa pension et de quitter l’entreprise, il exerce un droit personnel. L’employeur ne dispose d’aucun pouvoir de refus sur cette décision. Concrètement, le salarié notifie son départ, et le contrat de travail prend fin à l’issue du préavis.
L’entreprise peut en revanche exiger le respect du délai de préavis prévu par la convention collective ou le contrat de travail. La durée varie selon l’ancienneté du salarié et le secteur d’activité. Un salarié qui partirait sans respecter ce délai s’exposerait à une demande d’indemnisation de la part de l’employeur.
Pour bien comprendre les conditions pour refuser un départ à la retraite, il faut donc distinguer ce qui relève du choix du salarié (toujours libre) de ce qui relève de l’initiative patronale (encadrée par des seuils d’âge stricts).
Le salarié qui part volontairement perçoit une indemnité de départ à la retraite. Son montant dépend de l’ancienneté dans l’entreprise et des dispositions de la convention collective applicable. Cette indemnité est souvent inférieure à l’indemnité de mise à la retraite versée lorsque c’est l’employeur qui prend l’initiative.

Mise à la retraite par l’employeur : les seuils d’âge qui changent tout
La situation juridique bascule quand c’est l’employeur qui souhaite mettre fin au contrat de travail pour cause de retraite. Ici, le salarié peut refuser dans certains cas, et l’employeur doit respecter une procédure précise.
Le salarié a entre 67 et 69 ans
L’employeur peut interroger le salarié par écrit sur son intention de partir à la retraite. Cette demande doit être adressée trois mois avant la date d’anniversaire du salarié (67 ans, puis chaque année jusqu’à 69 ans). Le salarié dispose alors d’un mois pour répondre.
- En cas de refus du salarié, l’employeur ne peut pas imposer la mise à la retraite. Le contrat se poursuit normalement, et la même question peut être reposée l’année suivante.
- Si le salarié accepte, l’employeur enclenche la procédure de mise à la retraite avec un délai de préavis à respecter.
- Pour un salarié protégé (délégué syndical, membre du CSE), l’employeur doit en plus obtenir l’autorisation de l’inspection du travail avant toute mise à la retraite.
Le salarié a 70 ans ou plus
À partir de 70 ans, la donne change radicalement. L’employeur peut imposer la mise à la retraite d’office, sans que le salarié puisse s’y opposer. Aucune convention collective ne peut abaisser ce seuil en dessous de 67 ans.
Le salarié mis à la retraite dans ce cadre bénéficie d’une indemnité au moins égale à l’indemnité légale de licenciement. Le préavis applicable est celui prévu pour le licenciement, calculé en fonction de l’ancienneté.
Retraite progressive : un refus patronal encadré différemment
La retraite progressive est un dispositif distinct du départ définitif. Elle permet à un salarié de réduire son temps de travail tout en percevant une fraction de sa pension. Le salarié continue de travailler, à temps partiel, et ne quitte pas l’entreprise.
Vous vous demandez si l’employeur peut refuser cette demande ? La réponse est oui, mais pas de manière discrétionnaire. Le refus d’une retraite progressive doit être motivé par écrit. L’employeur doit justifier les raisons pour lesquelles l’aménagement du temps de travail demandé est incompatible avec l’activité de l’entreprise.
Un refus non justifié ou fondé sur un motif vague peut être contesté par le salarié.

Préavis et indemnités : ce qui varie selon l’initiative du départ
La distinction entre départ volontaire et mise à la retraite ne change pas seulement le droit de refus. Elle modifie aussi le régime du préavis et le montant des indemnités.
- En cas de départ volontaire, le préavis est celui prévu par la convention collective ou le contrat. L’indemnité dépend de l’ancienneté, avec des seuils fixés par la loi ou la convention.
- En cas de mise à la retraite par l’employeur, le préavis et l’indemnité suivent les règles du licenciement. L’indemnité est généralement plus favorable pour le salarié.
- En cas de retraite progressive, il n’y a ni préavis ni indemnité de départ puisque le contrat de travail n’est pas rompu, seulement aménagé.
Un salarié qui reçoit des pressions pour partir avant d’avoir atteint l’âge légal ou sans que la procédure soit respectée peut contester la rupture de son contrat. Une mise à la retraite irrégulière (salarié de moins de 67 ans, absence de consultation écrite, défaut d’autorisation pour un salarié protégé) peut être requalifiée en licenciement sans cause réelle et sérieuse.
Le point à retenir tient en une phrase : seul le salarié décide de son départ volontaire, et seul l’âge conditionne le pouvoir de l’employeur. Entre 67 et 69 ans, le refus du salarié s’impose. À partir de 70 ans, la mise à la retraite d’office devient possible. Toute pression exercée en dehors de ce cadre expose l’entreprise à un contentieux devant le conseil de prud’hommes.



